10.8.07

Les charités d'Alcippe. Marguerite Yourcenar (3 fragmentos)

j'ai cédé, frémissant, aux pleurs de leurs yeux vagues,
À leur chant amoureux, plein d'ombre et de rumeur;
Entre leurs doigts lascifs, sous les perles des bagues,
J'ai vu sombrer mon coeur au creux profond des vagues,
Dans l'abîme orageux où va tout ce qui meurt./

Mon corps veuf de mon âme errait dans l'étendue,
Insensible aux appels des vents mélodieux;
Comme une lampe d'or vainement suspendue,
Dont l'huile goutte à goutte à jamais s'est perdue,
Mon âme m'avait fui pour animer les Dieux./

Ainsi que les démons dans les pourceaux d'Asie,
Renégats d'un bonheur qu'ils ont payé trop cher,
Transcendants affamés que rien ne rassasie,
Au fond de leur repos pleurant leur frénésie,
Les morts se sont rués pour habiter ma chair.

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